Guerre en Iran : deux tribunes de Stéphane Auray
Stéphane Auray, professeur d’économie à l’ENSAI, à Rennes School of Business et chercheur au CREST a récemment publié deux tribunes au sujet des répercussions de la guerre en Iran, en évoquant une « crise des anticipations ». Les incertitudes géopolitiques ne créent pas seulement des pénuries ponctuelles, elles transforment durablement les comportements des acteurs économiques, avec des répercussions sur les prix de l’énergie, le pouvoir d’achat et la stabilité des marchés.
« La guerre en Iran : un choc d’anticipations qui recompose la carte mondiale de l’énergie »
« Choc des prix ou choc pétrolier ? Les responsables politiques hésitent à utiliser un terme anxiogène qui renvoie aux deux crises des années 1970. Nous vivons en tous cas déjà une « crise des anticipations » qui entraîne les prix à la hausse et qui aura de puissants effets sur nos économies à peine remises des précédents chocs de la guerre contre l’Ukraine et des guerres commerciales voulues par le Président américain.
La guerre en Iran n’est pas seulement un drame régional de plus. Elle agit comme un véritable « sismographe » de nos fragilités énergétiques, en faisant grimper le prix du pétrole, du gaz, de l’électricité et même des engrais. Le baril de Brent évolue désormais autour de 100 à 110 dollars, soit près de 40 à 45 % de plus qu’avant les premières frappes, et les prix de référence du gaz en Europe ont déjà augmenté d’environ 60 à 80 % en quelques semaines. Dans un entretien récent avec The Economist, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a d’ailleurs prévenu que les perturbations énergétiques liées à la guerre au Moyen‑Orient pourraient durer « des années », et non quelques mois, estimant que trop d’infrastructures ont déjà été endommagées pour espérer un retour rapide à la normale et jugeant que les marchés sont « peut‑être trop optimistes » quant à la durée et à l’ampleur du choc. Ce choc arrive au pire moment : les économies n’ont pas encore digéré la guerre en Ukraine, ni la montée des tensions commerciales qui fragmentent la mondialisation.(…) »
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« Guerre en Iran: le sismographe des anticipations énergétiques »
« La guerre en Iran ne se déroule pas uniquement au Moyen‑Orient. Elle résonne dans les entrepôts d’Europe, dans les factures de gaz des ménages, dans les coûts des engrais qui nourrissent les champs, et jusque dans le prix du panier de courses. Ce qui se joue n’est pas seulement une rupture des approvisionnements en pétrole et en gaz, mais une fracture plus discrète et plus profonde: celle des anticipations. La crise iranienne agit comme un sismographe qui capte, bien avant la secousse physique, les tremblements de l’offre future d’énergie.
Le cessez‑le‑feu annoncé dans la région en apporte une nouvelle illustration. En quelques heures, une partie des primes de risque s’est dégonflée, rappelant à quel point les marchés vivent d’abord de récits et de scénarios. Lorsque les bombardements cessent, on n’achète pas seulement moins cher des barils bien réels, on révise surtout à la baisse la probabilité d’un blocage durable du détroit d’Ormuz, de sanctions prolongées ou de destructions supplémentaires d’infrastructures. Autrement dit, la détente des prix est elle aussi une histoire d’anticipations : après avoir payé cher la peur de manquer, on paie un peu moins cher l’espoir que le pire ait été évité. Mais cette accalmie ne gomme ni les dégâts, ni la leçon : une économie qui dépend autant de quelques goulets logistiques restera exposée à ces montagnes russes d’anticipations, au gré des offensives comme des trêves. (…) »
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