« Les zones côtières abritent une biodiversité exceptionnelle tout en concentrant des populations humaines en forte croissance, dont les activités récréatives et halieutiques exercent des pressions anthropiques grandissantes sur les milieux marins. Dans les écosystèmes récifo-lagonaires, ces pressions peuvent altérer durablement la structure des habitats, la composition des peuplements et l’abondance des ressources halieutiques — menaçant ainsi la viabilité même des espaces que les gestionnaires cherchent à protéger.
La Nouvelle-Calédonie, collectivité française du Pacifique Sud-Ouest, illustre particulièrement bien ce défi. Elle abrite l’un des systèmes récifaux les plus vastes et les plus riches de la planète, inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2008.
Sa façade maritime est aujourd’hui soumise à une démographie soutenue — supérieure à 2 % par an depuis une décennie — et à une augmentation continue du nombre de bateaux immatriculés, qui dépasse 14 100 unités dans la zone de Nouméa en 2013. Ces dynamiques se traduisent par une intensification des usages récréatifs et des prélèvements halieutiques sur l’ensemble du lagon.
Pour répondre à ces pressions, des Aires Marines Protégées (AMP) ont été instituées en province Sud dès 1970. Paradoxalement, la qualité environnementale qu’elles garantissent en fait des destinations privilégiées pour les plaisanciers et les pêcheurs, soulevant la question de la durabilité des usages au sein même des espaces protégés. Évaluer cette pression – et en proposer un proxy quantitatif – nécessite des indicateurs quantitatifs robustes. C’est l’ambition du projet PAMPA (Ifremer), qui produit, à partir de campagnes annuelles de terrain, des estimations de la fréquentation humaine et de la pression de pêche à différentes échelles spatio-temporelles.
Le présent projet statistique s’inscrit dans cette démarche : réalisé dans le cadre de la deuxième année de l’ENSAI, en coopération avec l’Ifremer et sous la direction de Dominique Pelletier, il porte sur la zone récifo-lagonaire de Voh-Koné-Pouembout à partir de données collectées lors de trois campagnes PAMPA : 2008– 2009 (PAMPA 1), 2009–2010 (PAMPA 2) et 2013–2014 (PAMPA 3).
L’objectif est double : caractériser l’évolution de la fréquentation globale du lagon (tous usages confondus) et l’évolution de la pression de pêche exercée sur les ressources halieutiques, en distinguant quatre zones de gestion PAMPA aux statuts de protection différenciés (Z1 à Z4).
La démarche repose sur une chaîne d’estimation en deux temps dont la logique centrale est :
𝐶𝑓̂ ,𝑧,𝑎,𝑏 = 𝑐𝑓̃ ,𝑧,𝑎,𝑏 × 𝑡𝑧p̂ ,ê𝑎c,h𝑏e
où 𝐶𝑓̂ ,𝑧,𝑎,𝑏 désigne les captures totales estimées de la famille 𝑓 dans la zone 𝑧, pour la saison 𝑎 et le type de jour 𝑏 ; 𝑐𝑓̃ ,𝑧,𝑎,𝑏 est la capture moyenne par bateau pêcheur dans cette strate, construite à partir des enquêtes pêche ; et 𝑡p𝑧̂ ,ê𝑎c,h𝑏e est le nombre total de bateaux pêcheurs dans la strate, estimé par élévation des comptages d’observation. Ces indicateurs constituent une mesure indirecte (proxy) de la pression halieutique exercée sur les ressources, sans permettre d’identifier directement les effets écologiques sur les stocks.
Le rapport est organisé en quatre chapitres. Le Chapitre 1 présente les données mobilisées, le protocole d’échantillonnage des campagnes PAMPA et la justification de la stratification retenue. Le Chapitre 2 est consacré à l’étude de l’activité pêche : composition des captures, définition de l’effort, calcul des Captures Par Unité d’Effort (CPUE) par famille et par engin, et construction des captures moyennes par bateau marginalisées sur les engins, grandeur centrale désignée sous le terme de bateau type de la strate. Le Chapitre 3 détaille la construction des : estimateur de Horvitz-Thompson stratifié, traitement des données manquantes et quantification de l’incertitude par bootstrap. Le Chapitre 4 présente les résultats combinés, fréquentation élevée et pression halieutique estimée par famille et par zone, et discute leur signification pour l’évaluation de l’efficacité des AMP de Nouvelle-Calédonie. »