Détection de la diffusion inauthentique d’images sur les réseaux sociaux

« Depuis les années 2000, l’essor des réseaux sociaux a transformé la circulation de l’information. Des plateformes comme X (anciennement Twitter), Facebook ou Instagram permettent une diffusion quasi instantanée auprès de millions d’utilisateurs. Si cela facilite l’accès à l’information, cela favorise aussi la désinformation à grande échelle (Ruffo et al. 2023).

La diffusion des informations, véridiques ou non, est influencée par les mécanismes algorithmiques des plateformes et la structure en réseaux interconnectés. La désinformation affecte les débats publics, les comportements collectifs et les processus électoraux (Ruffo et al. 2023). Parmi les mécanismes documentés, les comptes automatisés (social bots) peuvent amplifier artificiellement certains messages (Stella, Ferrara, and De Domenico 2018). La manipulation ne repose pas uniquement sur l’automatisation : des comportements coordonnés, impliquant comptes humains ou bots, maximisent la portée de contenus similaires dans des temporalités rapprochées, phénomène appelé coordinated inauthentic behavior (Murero 2023).
Ces stratégies se retrouvent dans divers contextes, de la désinformation COVID-19 aux campagnes politiques (Cinelli et al. 2022). Les contenus visuels, images et mèmes, sont particulièrement efficaces pour la viralité, car facilement modifiables tout en conservant le message (Wohlert et al. 2025 ; Nizzoli et al. 2021).

Avec l’émergence de l’IA générative, distinguer diffusion organique et manipulation devient de plus en plus difficile.

C’est dans ce contexte que l’expression « C’est Nicolas qui paie » est apparue début 2025 sur X. Nicolas, personnage fictif, contribuable français trentenaire gagnant bien sa vie, est exaspéré de voir son revenu durement accumulé partir en diverses taxes, impôts et prélèvements. Rapidement diffusé et repris par différents comptes, notamment de sphères d’extrême droite, jusqu’à finir à l’Assemblée nationale (discours du député UDR des Bouches-du-Rhône, Gérault Varny), le personnage de Nicolas, et les différents acolytes l’accompagnant (Chantal et Bernard les retraités, Karim sans-emploi), reprennent et permettent d’amplifier la diffusion d’idéologies contestataires, ouvertement racistes, rejetant l’immigration et la solidarité intergénérationnelle, sous couvert de dénonciation d’un ras-le-bol fiscal (Le Nouvel Obs 2025). Son appropriation rapide soulève des questions sur les mécanismes de propagation à l’œuvre. Cette étude cherche ainsi à déterminer si la diffusion de l’expression relève de dynamiques organiques ou bien de coordination inauthentique, et si oui dans quelle mesure.

L’objectif principal est de détecter la diffusion inauthentique d’images liées au syntagme “C’est Nicolas qui paie” sur X. Les objectifs secondaires sont : — Analyser la coordination des publications selon la similarité visuelle et la proximité temporelle ; — Identifier les contenus bénéficiant d’une amplification artificielle, avec engagement anormalement élevé ;
— Détecter les opérations structurées, c’est-à-dire la propagation coordonnée d’images au sein de clusters d’utilisateurs. »